L'industrie québécoise du cannabis et du chanvre : un aperçu économique détaillé révèle la croissance, les obstacles et le potentiel futur
Un nouveau rapport complet, « Analyse économique de l’industrie du chanvre et du cannabis »
L'industrie québécoise du cannabis et du chanvre : un aperçu économique détaillé révèle la croissance, les obstacles et le potentiel futur
Le rapport , commandé par l'Association québécoise de l'industrie du chanvre et du cannabis ( AQIC )
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4 août 2025| David Brown
Un nouveau rapport complet, « Analyse économique de l’industrie du chanvre et du cannabis », examine en profondeur le paysage économique des secteurs florissants du chanvre industriel et du cannabis au Québec.
Le rapport , commandé par l'Association québécoise de l'industrie du chanvre et du cannabis ( AQIC ), souligne la croissance importante de l'industrie depuis la légalisation du cannabis en 2018, tout en examinant certains des obstacles réglementaires persistants et les vents contraires persistants de l'acceptabilité sociale et de la stigmatisation.
Le rapport appelle à des réformes politiques pour soutenir la croissance continue de l’industrie du chanvre industriel et du cannabis au Québec et au Canada dans son ensemble en abordant la réglementation fédérale sur le chanvre industriel, en clarifiant les lignes directrices pour les produits à base de CBD et en améliorant l’acceptabilité sociale du chanvre industriel et du cannabis médical.
Pierre Leclerc, président de l'AQIC, explique que le rapport avait deux objectifs principaux. Le premier était de s'assurer que l'industrie puisse appuyer certaines de ses demandes auprès des organismes de réglementation fédéraux et provinciaux afin de comprendre les retombées économiques de l'industrie du cannabis au Canada.
Deuxièmement, et plus spécifiquement au Québec, dit Leclerc, il y a les prochaines élections provinciales prévues pour le 5 octobre 2026.
« Depuis la légalisation, l'industrie réclame de nombreux changements réglementaires, tant au niveau provincial que fédéral », explique Leclerc. « Nous avons très bien cerné certains problèmes, mais sans données de base pour les étayer. Nous pensions que l'industrie était désormais suffisamment mature pour étayer nos demandes et justifier notre argumentation par des données économiques complètes sur le secteur du cannabis et du chanvre. »
« À l'heure actuelle, si l'on examine les données disponibles, il n'existe pas beaucoup d'analyses qui n'aient été réalisées par le gouvernement. Nous avons l'impact sur le PIB et les investissements dans le marché légal, mais pas grand-chose d'autre.
L'autre élément à prendre en compte est que nous entrons dans le cycle électoral provincial au Québec. Les partis politiques élaborent actuellement leurs plateformes, et nous savons que la CAQ (Coalition Avenir Québec, qui forme le gouvernement provincial) n'est pas vraiment ouverte à l'industrie du cannabis ; elle ne la considère que comme une substance nocive. Pour elle, cela n'a aucun effet sur son potentiel économique. Nous voulons donc nous assurer que les autres partis politiques comprennent bien ce qu'est cette industrie.
Cela dit, Leclerc souligne que, bien que la CAQ ait été jusqu'ici très conservatrice en matière de politique sur le cannabis, il constate une certaine adhésion ces derniers temps. Il affirme d'ailleurs que plusieurs députés de la CAQ (députés à l'Assemblée nationale du Québec) figuraient parmi les nombreux politiciens de la province qui ont contacté la CAQ après avoir pris connaissance du rapport.
Nous avons envoyé l'analyse à tous les députés du Québec et nous avons reçu d'excellents commentaires de leur part, même de la part des membres de la CAQ. Ils veulent en savoir plus sur l'industrie, alors je pense que nous progressons lentement. C'est l'un des objectifs du rapport : nous permettre d'avoir cette discussion, et nous avons pensé qu'un rapport comme celui-ci était la meilleure façon d'y parvenir.
Le rapport suggère également que les révisions des réglementations fédérales, les réformes fiscales et la diversification des produits sont des moyens de maintenir une croissance durable et une compétitivité sur un marché en évolution.
Le PIB de l'industrie autorisée du cannabis au Québec, exprimé en dollars enchaînés de 2017, est passé de 63 millions de dollars en 2018 à environ 1,1 milliard de dollars en 2024 (soit environ 1,4 milliard de dollars en 2025). Il s'agit d'une augmentation significative de sa part du PIB total du Québec, passant de moins de 0,1 % en 2018 à 0,25 % en 2024.
La création d'emplois dans le secteur a également été notable. Les secteurs de la « fabrication de produits du cannabis » et des « grossistes-marchands de cannabis » au Canada ont vu leurs niveaux d'emploi plus que doubler, passant de 2 700 emplois en 2020 à près de 6 000 en 2023. La SQDC, la Société québécoise du cannabis, compte à elle seule environ 1 200 employés.
L'enquête menée auprès de 47 entreprises a révélé un secteur diversifié, avec une prédominance des acteurs des secteurs manufacturier (57,4 %) et primaire (51,1 %). Le chiffre d'affaires cumulé total des répondants a atteint 468,4 millions de dollars, dont 67,6 % ont déclaré un chiffre d'affaires inférieur à 10 millions de dollars, ce qui indique un secteur largement composé de petites et moyennes entreprises.
L'industrie québécoise bénéficie également d'une forte présence locale, 70,1 % de son chiffre d'affaires étant tiré du marché provincial. Les entreprises disposent également d'un solide écosystème de fournisseurs locaux, collaborant avec une moyenne de 50 fournisseurs, principalement concentrés à Montréal (68,1 %).
Défis et obstacles : réglementations et acceptation sociale
Malgré ces exemples positifs, le rapport identifie également plusieurs obstacles majeurs auxquels l'industrie provinciale et fédérale du cannabis est confrontée. Si la législation distingue le chanvre industriel du cannabis, la rigidité des règles fédérales et les zones grises réglementaires freinent souvent l'innovation et la compétitivité. Les produits dérivés du chanvre industriel, par exemple, sont souvent strictement réglementés, au même titre que les produits dérivés du cannabis, malgré leur faible teneur en THC.
L'acceptabilité sociale demeure également un enjeu central. Le rapport souligne que la perception du public influence à la fois l'usage du cannabis médical – où les obstacles à l'accès et le manque de reconnaissance persistent – et la promotion du chanvre industriel, qui peut être confondu avec le cannabis récréatif en raison de similitudes visuelles.
Cette ambiguïté complique le développement du secteur et les efforts de marketing. De nombreux patients canadiens continuent d'avoir accès au cannabis médical en dehors du système officiel en raison de facteurs tels que les coûts élevés et le soutien insuffisant des professionnels de la santé, ce qui soulève des inquiétudes quant aux produits non certifiés.
Innovation et perspectives d'avenir
Le rapport souligne néanmoins de fortes opportunités de marché pour le cannabis et le chanvre industriel. Ces produits sont de plus en plus intégrés aux secteurs de l'alimentation et du bien-être, stimulés par la demande de protéines végétales et de produits naturels. Le béton de chanvre, matériau de construction écologique, est également mis en avant pour ses avantages énergétiques sous-estimés, notamment sa capacité à réduire les besoins de chauffage et à séquestrer le CO2. Cependant, son plein potentiel reste inexploité faute de reconnaissance et de promotion.
La SQDC, seul détaillant légal de cannabis récréatif au Québec, a connu une forte croissance de ses ventes, atteignant 662,1 millions de dollars en 2023-2024, soit une multiplication par neuf depuis 2018-2019. Cette croissance reflète l'intégration des consommateurs au marché légal. À l'horizon 2029, l'expansion prévue du secteur demeure modérée, signalant une phase de consolidation. Plus de la moitié des entreprises interrogées ne prévoient pas ouvrir de nouveaux établissements, tandis que 28,9 % envisagent un seul nouvel emplacement.














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