Des pilules amaigrissantes qui passent mal

Tous les produits naturels que nous avons ont reçu la bénédiction de Santé Canada, responsable d’examiner s’ils sont sécuritaires,
efficaces et de haute qualité.

Des pilules amaigrissantes qui passent mal
C’est un classique des résolutions du Nouvel An : perdre du poids. Certains
peuvent être tentés par les produits naturels en vente libre pour réaliser
leur souhait. Mais attention, en plus d’être inefficaces, ces produits
amaigrissants pourraient même être nocifs. De nombreux pharmaciens remettent
d’ailleurs en question leur présence sur leurs tablettes.

Michel Joannette, dans sa maison.
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Michel Joannette, dans sa maison

PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-FRANÇOIS VÉZINA

Marie-France Bélanger (Consulter le profil)

Marie-France Bélanger
Publié hier à 4 h 00 HNE
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À première vue, Michel Joannette, un grand gaillard de 6 pieds et 2 pouces,
a l’air en pleine forme. En réalité, l’homme de 37 ans se sent toujours
affaibli depuis son hospitalisation aux soins intensifs, en avril dernier.

Ses ennuis commencent quand il souhaite perdre du poids. Sur Facebook, il
tombe sur une annonce de produits amaigrissants vendus par une connaissance.
Intrigué, Michel Joannette contacte la représentante, qui lui propose une
combinaison de quatre produits pour atteindre son objectif. Elle m'a dit que
c'était des produits naturels et que dans le fond, avec ça, j'allais perdre
les 15-20 livres que je voulais perdre, qu'il fallait juste suivre la
posologie quotidienne pis qu’il n'y avait pas de danger, affirme le
trentenaire.

Les produits en question sont de la marque It Works!, une entreprise
américaine qui fait du commerce en ligne. Michel Joannette veut y croire
quand il passe sa commande. Je suis persuadé que ça peut fonctionner à un
certain pourcentage. Le coût des produits pour un mois est de 297 $ plus
taxes.

La crainte d’une transplantation
Le programme doit durer 90 jours, mais au bout d’un mois, rien ne va plus.
Michel Joannette est aux prises avec une migraine intense et des
vomissements.

Le 3 avril 2023, il se présente à l’urgence de l’Hôpital de Verdun.
Rapidement, les résultats d’analyse révèlent qu’il souffre d’une hépatite
fulminante, c’est-à-dire une inflammation fulgurante du foie. Le Dr Ivan
Pavlov, de garde ce jour-là, est inquiet pour son patient.

Ici, on parle de destruction [...] du foie qui peut survenir en quelques
heures, en quelques jours. C'est sûr que, moi, je crains pour sa vie,
explique le médecin. Michel Joannette est transféré d’urgence au CHUM, où se
trouve une équipe de spécialistes, dans l’éventualité où il aurait besoin d’une
transplantation du foie.

Le Dr Ivan Pavlov.
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Le Dr Ivan Pavlov
PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-FRANÇOIS VÉZINA

Les extraits de thé vert montrés du doigt
Les analyses se poursuivent pour comprendre la source du problème. En
médecine, on ne peut jamais être certain à 100 %, explique le Dr Ivan
Pavlov. Donc, le travail, c'est d'éliminer la cause A-B-C-D-E-F-G jusqu'à se
rendre à la seule cause non éliminée, qui est la cause Z. Donc finalement,
chez Michel, la seule cause potentielle qu'on a pu identifier, c'est les
fameux extraits de thé vert.

L’un des produits It Works! que Michel Joannette consommait, le Thermofight
X, contient justement des extraits de thé vert. Or, ces substances sont
associées à des atteintes hépatiques, écrit l’agence de recherche médicale
des États-Unis (NIH) sur son site web. Les problèmes surgissent généralement
un à six mois après le début de la consommation des extraits.

L'association entre les atteintes hépatiques et les extraits de thé vert est
quand même bien établie, selon la NIH. C'est reconnu que les extraits de thé
vert peuvent donner des atteintes hépatiques, explique la Dre Maude St-Onge,
directrice médicale du Centre antipoison du Québec.

Santé Canada fait aussi état des risques associés à la consommation de tels
extraits sur son site Internet.

Santé Canada a examiné le risque potentiel de lésions du foie
(hépatotoxicité) associé à l'extrait de thé vert en raison des déclarations
continues de cas graves de lésions du foie à l'échelle mondiale, y compris
une déclaration récente au Canada.

L'examen, mené par Santé Canada, a conclu qu'il existerait un lien entre la
consommation d'extrait de thé vert et un risque de lésions du foie rares et
imprévisibles.

Source : Santé Canada

Michel Joannette est un cas rare. Le Centre antipoison recense chaque année
quelques cas d’atteintes hépatiques liés aux extraits de thé vert sur le
territoire québécois. Mais il pourrait y en avoir davantage, selon la
nutritionniste Marie-Jeanne Rossier-Bisaillon, responsable du dossier de l’industrie
de la minceur à l’Association pour la santé publique du Québec.

Les gens ne pensent pas nécessairement que ces produits-là peuvent avoir des
effets secondaires aussi importants. Donc ils ne pensent tout simplement pas
à les déclarer, dit-elle.

C’est ce qui a failli se produire pour Michel Joannette, n’eût été sa
conjointe. J'ai jamais pensé aux produits que je prenais depuis 30 jours. C’est
ma femme qui a dit [au personnel soignant] : il prend des produits naturels.

It Works! se défend
It Works! a refusé la demande d’entrevue de La facture. Par courriel, l’entreprise
indique avoir vendu 200 000 unités de Thermofight X au Canada depuis 2020,
soutient qu’il n’y a aucune preuve reliant son produit aux problèmes de foie
de Michel Joannette et qu’il s’agit de la seule plainte reçue alléguant que
le ThermoFight X a causé une lésion hépatique.

It Works! ajoute que le produit et ses ingrédients sont approuvés par Santé
Canada et que les bons avertissements figurent sur l'étiquette en ce qui a
trait aux extraits de thé vert. It Works! dit n’avoir trouvé aucun rapport
ou étude concluant avec certitude que les extraits de thé vert provoquent
une hépatite fulminante.

Sans le savoir, Michel Joannette a mis sa santé en danger dans l’espoir de
perdre du poids. Le produit était-il seulement capable de remplir sa
promesse?

Des prétentions amaigrissantes critiquées
Sur l’étiquette du Thermofight X d’It Works!, il est écrit : La prochaine
génération en matière d’élimination des graisses 2.0. On précise sur son
site Internet que le produit doit être combiné à de l’exercice et à un
régime alimentaire réduit en calories pour une perte de poids saine, mais
pour la nutritionniste Marie-Jeanne Rossier, il n'y a aucune donnée qui
démontre vraiment que ce produit permet d'éliminer les graisses.

L’entreprise américaine s’est d’ailleurs dissociée des promesses de perte de
poids formulées par la représentante qui a vendu les produits à Michel
Joannette, précisant que des mesures appropriées seront prises contre elle.

En fait, selon tous les experts consultés, il n’existe aucun produit
amincissant miracle en vente libre.

L’opinion de professionnels de la santé sur les produits naturels de gestion
ou perte de poids

Dans un monde idéal, ça existerait pas, ça se vendrait pas pis on pourrait
pas prétendre que ça fait perdre du poids. – Benoit Morin, président de l’Association
québécoise des pharmaciens propriétaires

S'il y avait une façon miracle de perdre du poids, on le saurait déjà. –
Marie-Jeanne Rossier-Bisaillon, nutritionniste, responsable du dossier
industrie de la minceur, Association pour la santé publique du Québec

Un produit qui brûle les graisses, ça doit être fantastique. Or, il n'y a
aucun produit qui brûle la graisse. – Dominique Garrel, médecin,
endocrinologue

Il y a pas de produits miracles pour la perte de poids. – Jean-François
Desgagné, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec

Des produits aux étiquettes trompeuses vendus en pharmacie
Or, les produits naturels qui prétendent favoriser la gestion ou la perte de
poids sont omniprésents sur Internet, dans les magasins d’aliments naturels
et même…. en pharmacie.

La vente et la promotion de produits amaigrissants en pharmacie sont très
préoccupantes. Le problème, c'est qu’on leur accorde une crédibilité qu'ils
ne méritent absolument pas en fin de compte, fait valoir la nutritionniste
Marie-Jeanne Rossier-Bisailllon.

La nutritionniste Marie-Jeanne Rossier-Bisailllon.
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La nutritionniste Marie-Jeanne Rossier-Bisailllon
PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-FRANÇOIS VÉZINA

Nous avons visité une vingtaine de pharmacies de la grande région de
Montréal. La majorité vend des produits naturels qui prétendent aider à la
gestion ou la perte de poids ou même à brûler les graisses. Nous en avons
acheté une dizaine, de marques différentes. Presque tous jouent sur les
mots, la grosseur des caractères ou brandissent des données scientifiques. C’est
pourquoi nous avons choisi de ne pas cibler une marque ou un produit en
particulier.

Nous avons soumis ces produits à l’experte en droit de la consommation Me
Marie Annik Grégoire, ainsi qu'au Dr Dominique Garrel, qui accompagne depuis
des années des patients aux prises avec un problème de poids.

L'ensemble des produits qui sont ici n'ont jamais prouvé leur efficacité,
que ce soit pour la perte de poids ou pour la gestion du poids, soutient le
médecin.

Marie Annik Grégoire est tout aussi critique. Ces étiquettes-là sont en
défaut. Selon la Loi sur la concurrence ou la Loi sur la protection du
consommateur, il faut regarder quelle est la première impression qui s'en
dégage. La première impression, ici, c'est qu’on va avoir un effet sur le
poids. Et si ce n'est pas vrai, cette étiquette-là, elle est trompeuse,
soutient l’avocate, qui est également professeure à l’Université de
Montréal.

De leur côté, les fabricants, qui nous ont répondu, défendent la qualité de
leurs produits et nient que leurs étiquettes soient trompeuses. Deux d’entre
eux précisent que leurs capsules doivent être combinées à de l'exercice et à
une diète.

Le malaise des pharmaciens
Le président de L’Ordre des pharmaciens du Québec est mal à l’aise avec la
présence de ces produits naturels de gestion du poids en pharmacie. Oui, on
a un inconfort comme ordre professionnel. Comme professionnel, comme
pharmacien qui pratique, je ne recommande jamais ces produits. Jamais,
soutient Jean-François Desgagnés.

Le président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires
(AQPP) lui-même n’en propose pas sur ses tablettes. Dans un monde idéal, ça
n'existerait pas, ça se vendrait pas pis on pourrait pas prétendre que ça
fait perdre du poids. Ça, c'est dans un monde idéal. Est ce qu'on arrête
d'en vendre complètement puis les gens se les procurent sur Internet ou dans
d'autres magasins où ils n'ont pas accès à des professionnels? C'est la
question qu'on se pose souvent, avance Benoît Morin.

Benoît Morin, président de l’Association québécoise des pharmaciens
propriétaires.
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Benoît Morin, président de l’Association québécoise des pharmaciens
propriétaires
PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-FRANÇOIS VÉZINA

En principe, tout pharmacien détermine ce qui est vendu dans sa pharmacie
mais, selon l’AQPP, le contenu des étalages est plutôt déterminé par les
chaînes et bannières. L’Association des bannières et des chaînes de
pharmacies du Québec (ABCPQ) renvoie la balle aux pharmaciens et fait valoir
qu'elle n’a jamais eu de plaintes de pharmaciens au sujet des étalages de
ces produits.

Le président de l’Ordre des pharmaciens a le sentiment d’avoir les mains
liées puisque les produits dont il est question ont reçu la bénédiction de
Santé Canada. Du moment que ces produits-là reçoivent une sanction de Santé
Canada, c'est difficile pour l'Ordre des pharmaciens d'exiger leur retrait,
souligne Jean-François Desgagné.

Santé Canada se défend
Tous les produits naturels que nous avons achetés en pharmacie ont, comme le
Thermofight X consommé par Michel Joannette (qui, lui, n’est pas vendu en
pharmacie), reçu la bénédiction de Santé Canada, responsable d’examiner s’ils
sont sécuritaires, efficaces et de haute qualité.

Personne chez Santé Canada n’était disponible pour répondre à nos questions
à la caméra.

L’organisme nous écrit que ces produits sont autorisés dans le cadre d’un
programme qui recommande une réduction de l’apport calorique et une
augmentation de l’activité physique, dans la mesure du possible, pour aider
à la gestion du poids.

Questionné sur l’aspect trompeur des étiquettes, Santé Canada dit manquer d’information
pour se prononcer et suggère de déposer une plainte si la non-conformité de
ces produits est constatée ou suspectée.

La longue convalescence de Michel Joannette
Michel Joannette n’a pas eu besoin d’une greffe de foie. Neuf mois après son
hospitalisation, son état est revenu à la normale, mais il dit se fatiguer
plus rapidement qu’avant. Il a publié son histoire sur Facebook pour
sensibiliser le public.

Je ne suis pas allé voir un médecin quand je les ai commandés, parce que
c'était des produits naturels. Je me disais que c'était naturel, puis qu'il
n'y avait pas de danger à prendre des produits comme ça. Je me suis trompé.

Le Dr Yvan Pavlov y va d’un conseil pour ceux qui envisagent de se tourner
vers ce type de produits afin de perdre du poids. J'appelle à la prudence, à
ne pas prendre de produits dont l'efficacité est probablement douteuse ou
nulle, et [dont les effets] peuvent être franchement catastrophiques.

Le message à retenir : ce n'est vraiment pas parce que c'est un produit de
santé naturel que c'est sans risque.

Une citation deDre Maude St-Onge, directrice médicale du Centre antipoison
du Québec

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