Affaires - La SQDC perd des feuilles face au marché illicite
La mission n’étant pas de stimuler les ventes, mais plutôt de les dériver vers un monopole légalisé.
Affaires - La SQDC perd des feuilles face au marché illicite
Par Marie-Soleil Brault, Le Soleil
|12 juin 2023
Pour l’exercice financier 2022-2023, la SQDC a réalisé des ventes totales de 601,9 millions $, comparativement à 600,5 M$ l’année précédente. Une augmentation de 0,23%, soit 1,4 million $. (ARCHIVES LE QUOTIDIEN, MARIANE L. ST-GELAIS)
En hausse de moins de 1 %, les ventes de la Société québécoise du cannabis (SQDC) atteignent un premier plateau, au profit des différents canaux de ventes illégales, où les Québécois continuent de dépenser « leurs dollars de cannabis ».
Pour l’exercice financier 2022-2023, la SQDC a réalisé des ventes totales de 601,9 millions $, comparativement à 600,5 millions $ l’année précédente. Une augmentation de 0,23 %, soit 1,4 million $.
Cette très mince augmentation n’est en rien décourageante, souligne le président et chef de la direction de la SQDC, Jacques Farcy, même s’il s’attend à ce que « la croissance des années à venir soit un petit peu plus limitée que celle qu’on a eue dans les premières années ».
«L’analyse que je fais de nos activités l’année dernière, c’est que la SQDC a atteint une forme de plateau. Et pour moi, c’est une étape assez normale après quatre ans d’existence et de forte croissance», justifie M. Farcy.
Toutefois, les profits ont un portrait un peu plus optimiste.
La Société dégage un profit, versé au Fonds de lutte contre les dépendances, de 94,9 millions $, en comparaison à 75,7 millions $ à l’exercice précédent. Incluant les revenus de la taxe à la consommation et de la taxe d’accise, estimés à près de 139 millions $, la SQDC aura contribué près de 233 millions $ au Trésor québécois.
Et malgré des chiffres moins reluisants que les premières années de la légalisation, la SQDC ralentira la cadence dans la croissance de son réseau de succursale, note M. Farcy.
« Maintenant que nous avons un réseau de 98 succursales, on veut s’occuper plus de nos clients. »
Le compte pourrait néanmoins se rendre à 100 adresses cette année avec l’ouverture de succursales dans des « trous de marché », mais la priorité ne sera pas de « poursuivre la croissance du réseau », mais plutôt de miser sur le « service au client », entre autres à travers la livraison 90 minutes et le soir même.
« Dans les années qui viennent, ce n’est pas tant de vouloir grandir le réseau, c’est plus de dire que, maintenant que le réseau existe, il faut réussir à convaincre les clients qu’ils devraient venir dépenser tous leurs dollars de cannabis à la SQDC », déclare M. Farcy.
La SQDC veut «les dollars en cannabis»
Et selon lui, ces « dollars en cannabis » dépensés ailleurs sont « le principal défi auquel fait face la SQDC ».
Encore plus, considérant que la cible de captation du marché illicite a été ratée pour une deuxième année consécutive.
La société visait à capter 75 % du marché illicite (190 tonnes), mais n’a atteint que 56,1 % (106,5 tonnes).
Près d’un point de pourcentage de moins que l’an passé, où la cible était de 66 % et le résultat, 57 %.
À noter cependant que les cibles du Plan stratégique avaient été basées sur l’estimation initiale du marché de 150 tonnes, et non les 190 tonnes estimées par le ministère des Finances.
« Sur cette base de 150 tonnes, le pourcentage de conversion pour l’année 2022-2023 aurait été de 71 % (106,5 tonnes/150 tonnes) », nuance le rapport de la SQDC.
« C’est pour ça qu’il faut qu’on revoie la manière de servir nos clients, pour être plus clair et plus concret afin qu’ils comprennent vraiment ce que la SQDC propose, tranche le président. Et que de ce fait là, nous soyons préférés aux marchés illégaux. »
Il est néanmoins difficile de déterminer dans quel autre canal illégal « les dollars en cannabis » sont également dépensés.
« Est-ce que c’est sur des ventes en ligne, avec des revendeurs illégaux en personne? Est-ce que c’est dans des sites ou des magasins alternatifs? On reste dans une industrie où il n’y a pas de chiffre officiel [...] comme on peut en avoir dans d’autres industries, pour savoir exactement où les chutes s’opèrent. »
Des tablettes qui n’attisent pas assez
Malgré le cadre légal qui entoure la SQDC, et qui interdit la vente de chocolats et de bonbons pouvant attirer les mineurs et les non-consommateurs - « produits que certains consommateurs recherchent » – M. Farcy assure que la société « a une marge de manœuvre ».
Qui, selon M. Farcy, passe principalement par le prix.
Pour le cannabis séché, le produit le moins coûteux vaut 3,43 $ par gramme. Le plus cher, 18,48 $. Taxes incluses, un gramme de pot coûte en moyenne 6,48 $.
« Sur l’offre de produit de la SQDC, il est vrai de dire qu’il y a des choses sur lesquelles on veut travailler. On sait que ce qui est important pour les clients, c’est le choix. Mais aussi le rapport qualité-prix. »
Crèmes topiques, huiles et produits sucrés font tous partie de la liste noire de la SQDC, contrairement à d’autres provinces comme l’Ontario.
« C’est sûr qu’il y a des catégories de produits qui sont jugés illégaux par la loi québécoise. Donc, évidemment, on veut la respecter, comme tous les citoyens. »
Dans la dernière année, le jerky de bœuf s’est joint à l’offre. Une apparition qui s’inscrit notamment dans le vœu de la SQDC d’offrir des alternatives comestibles à la gamme de produits en demande.
« Chaque fois qu’on peut, on essaie de trouver une alternative », promet M. Farcy.
M. Farcy prévient toutefois qu’il ne faut pas nécessairement s’attendre à « de grandes innovations [...] dans les semaines qui viennent ».
Une mission un peu trop encadrée?
Le cadre légal québécois est très restrictif des opérations de la SQDC. La mission n’étant pas de stimuler les ventes, mais plutôt de les dériver vers un monopole légalisé.
« C’est sûr que c’est très différent que dans le reste du Canada. Mais quand vous regardez la situation du marché illégal dans les autres provinces, elles sont très comparables avec le Québec », assure M. Farcy.
Selon lui, ce modèle n’est pas un facteur aggravant dans la perte de vitesse face au marché illicite.
« C’est des cycles dans notre industrie. Mais c’est certain que quand on écoute nos clients, ils aimeraient qu’on aille beaucoup plus loin, beaucoup plus vite. »
S’il admet que le conflit de travail vécu dans plus d’une vingtaine de succursales syndiquées de la SQDC a ralenti les ventes du réseau, il tient à préciser que le « trois quarts du réseau fonctionne très bien. »
SQDC en chiffres (2023)
Ventes: 601,5 M$ (+1,4 M$), soit 283 117 kg de cannabis
Vente en ligne: 34,1 M$ (-2,1 M$)
Profit net: 94,9 M$ (+19,2 M$)
Taxes: 137,8 M$ (-57,6 M$)
Contribution au Fonds de lutte contre les dépendances: 172,7 M$ (+17,9 M$)
Succursales: 98 (+11)














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