Le moral et la morale

Entre le moral et la morale, c’est le genre qui fait la différence.

Le moral et la morale
PAR DRISS EL FAHLI
04-02-2016
CHRONIQUE

Driss Fahli

Entre le moral et la morale, c’est le genre qui fait la différence. Le premier s’en fout de la notion du bien et du mal et ne retient que l’humeur du moment qu’il case dans un coin de la tête. Vous pouvez alors avoir le moral si vous vous êtes levé du pied droit ou l’avoir dans la chaussette si la sortie du lit s’est opérée du pied gauche. Le moral n’est donc qu’une image instantanée de l’humeur du moment. La morale, quant à elle, a plus d’atomes crochus avec le juste et l’injuste tels que façonnés par l’alentour.

La plupart du temps elle phagocyte les notions du bien et du mal quand elle se pare des inclinaisons de la religion, de l’éthique ou des mœurs. Ainsi, par exemple, la morale d’ici condamnera une Loubna Abidar à l’agression publique et à la prison pour son rôle, hyper réaliste, dans le film «Much loved», qualifié «d’outrage grave aux valeurs morales». Alors que pour le même rôle, sous une morale différente, l’Europe lui attribuera probablement le César 2016 de la meilleure actrice et ce, devant des sommités d’artistes comme Catherine Deneuve et Isabelle Huppert.

En fait, la morale de l’histoire c’est que la morale a une histoire qui ne dit pas qui elle est ni qui est-ce qui en fixe les valeurs. Le corbeau et le renard ne se posent pas de questions de morale mais dès qu’il s’agit de fromage, même sur un arbre perché, l’homme devient immoral. La morale de l’histoire se transforme en poème, puis en régulation des conduites et enfin en compilations de lois souvent rétrogrades. «Les chefs moraux» en profitent pour gérer le fromage et dicter des limites à nos libertés.

Pour le moral, l’Institution a trouvé le moyen de l’évaluer pour les ménages et de le transformer en indice mathématique. Bientôt, grâce à l’avancée technologique galopante, ça sera votre Smartphone qui vous dira si vous avez le moral consommateur ou pas. Il informera automatiquement les salles des marchés qui spéculeront en temps réel sur le prix du blé et ce, au grand bonheur des légumes spéculateurs.

Inventé en France en 1987 pour mesurer le moral de ménages toujours râleurs, le concept est transposé au Maroc pour apaiser la population et les marchés. On fait une enquête conjoncturelle pour nous dire que tout va bien et préserver par la même, les marchés des sautes d’humeur et de l’ire du capital.

C’est ainsi, à un moment synchrone de stress hydraulique où le ciel, nous dit-on, est avare de pluie pour punir l’immoral, que notre impayable Haut Commissariat au Plan nous a gratifiés d’une sympathique analyse de conjoncture pour nous dire que le «moral des ménages» (ICM) n’a pas arrêté de progresser depuis 2014. Que la perception de la situation financière des ménages est plus favorable. Que la capacité d’épargne des familles est en bonne voie et que le niveau de vie est meilleur qu’avant et que même pour le chômage, la hausse est moins prononcée que prévu.

Les seuls petits bémols à ce paradis virtuel concernent les aspects qu’on ne peut pas cacher sans utiliser une grosse ficelle: C’est la débâcle de l’éducation et de la santé, la régression des droits de l’homme, de la protection de l’environnement et des prestations administratives où des réserves on été formulées. C’est charmant d’entendre des comptines institutionnelles de temps à autre, cela me rappelle le «Ninni a moummou» de mon stade postnatal. Que dit la morale d’une telle illusion?

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