185 000 hectares de forêt sont ravagés par les flammes à près de 250 km au nord de Chibougamau.

L’année suivante, à la mi-juin, la morille de feu abonde. Des milliers de tonnes ont certainement été laissées au sol

ENVIRONNEMENT
Le mystère de la morille de feu
GUILLAUME ROY
14-05-2016

Photo: Guillaume Roy

À l’été 2013, 185 000 hectares de forêt sont ravagés par les flammes à près de 250 km au nord de Chibougamau. L’année suivante, à la mi-juin, la morille de feu abonde dans les parcelles ciblées par Jean-François Bourdon, étudiant à la maîtrise en foresterie à l’Université Laval, et son équipe.

En 19 jours de récolte et de prise de données scientifiques sur le terrain, les chercheurs ont récolté 202 kg de morilles fraîches, d’une valeur totale de près de 7 000 $.

«Après avoir discuté avec plusieurs cueilleurs, j’ai estimé à 1 500 kg au plus la quantité de morilles de feu cueillies en 2014 au Québec, évalue M. Bourdon qui étudie ce champignon depuis 2011. C’est hasardeux de se lancer dans de grandes estimations, mais des milliers de tonnes ont certainement été laissées au sol, considérant que les cueilleurs n’ont exploré qu’une infime partie du territoire disponible.» À 35 $ le kilogramme, ce sont donc des centaines de millions de dollars qui ont pourri en forêt.

Manque de chemins forestiers pour accéder aux sites d’incendies, manque d’informations sur les bons secteurs de récolte, manque de cueilleurs bien renseignés, plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer ces pertes.

Afin de bien cibler la morille, il faut d’abord savoir où elle se cache avant que le feu ne la fasse sortir. J. André Fortin, biologiste retraité du Centre d’études sur la forêt de l’Université Laval, rappelle que la morille est un organisme nécrosophage. «Ce champignon forme de petites structures, des microsclérotes, dans les horizons profonds du sol où le pH se situe entre 5,5 et 5,7. Il se nourrit alors de petits bouts de racines qui meurent dans le sol. Lorsque survient un incendie, des tonnes de racines mortes sont alors disponibles, ce qui fait émerger les morilles», explique-t-il.

Jean-François Bourdon souligne que les morilles émergent seulement lorsque le feu est assez intense pour brûler sérieusement le sol, comme c’est le cas en juin ou en juillet. «Lorsque les feux surviennent au printemps, le sol est encore gelé et ne brûle pas en profondeur. Mais plus l’été avance et plus le sol est sec.»

Pour faciliter la cueillette, le chercheur a mis au point un outil cartographique qui permet de prédire l’émergence des morilles de feu. «Grâce à la télédétection, dit-il, j’identifie les sites qui présentent un meilleur potentiel.» Pour ce faire, il utilise les photos satellites du U.S. Geological Survey (USGS) des États-Unis et analyse les forêts avant et après un incendie. Afin de déterminer l’intensité du brûlage au sol, précise-t-il, il utilise particulièrement les bandes situées dans l’infrarouge et non celles de la lumière visible.

Les hypothèses du chercheur se sont confirmées sur le terrain car, d’après les données récoltées, on retrouve plus de morilles où le sol a brûlé plus intensément; il devient donc possible de produire une carte de probabilité de présence de la morille.

L’outil permettra d’éliminer rapidement les sites de feux les moins intéressants pour mieux orienter la cueillette, car la récolte de la morille nécessite une très grosse organisation. Pour rentabiliser les investissements dans les régions isolées, où se produisent la majorité des incendies, les cueilleurs doivent s’installer en forêt pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en complète autonomie.

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